Né en 1952, Roger Faligot a débuté dans le journalisme en 1973 dans le monde celtique, en Irlande où il a été correspondant du quotidien Libération naissant et collaborateur dans ces années 1970 de journaux de Dublin où il résidait au début de cette décennie tels l’hebdomadaire Hibernia (puis The Sunday Tribune), ainsi que le quotidien The Irish Times poursuivant cette collaboration à Paris.

De retour sur le continent en 1975, il contribue comme journaliste freelance à une cinquantaine de publications de langue française, belge, anglaise, espagnole ou japonaise. Il a été notamment auteur de plusieurs séries de récits-reportages historiques (Les mystères de l’Ouest ou Ces enfants sont formidables) dans le quotidien Ouest-France puis dans son édition dominicale.

 

En 1979, il réalise avec le journaliste belge Claude Chalençon des articles pour le Soir de Bruxelles.  Ce sont également des reportages pour Paris-Match – dont une interview fleuve de l’IRA dont l’intégralité sera publiée sous forme de livre chez l’éditeur Jean Picollec : « Nous avons tué Mountbatten ! » L’IRA parle.

Dans les années 1980-90, il a également collaboré au Journal du Dimanche, en révélant entre autres les débuts de l’affaire Greenpeace dès le 14 juillet 1985, quatre jours après l’attentat du Rainbow Warrior publiant le premier article concernant  l’implication de la DGSE dans cette affaire.

Une époque effervescente qui permet de couvrir pour The European des événements tragiques ou au contraire enthousiasmants. Il enquête sur la nouvelle guerre d’Algérie et la montée de l’islamisme, la recomposition de l’Europe centrale et orientale après l’implosion de l’URSS, les négociations de paix en Afrique, en Irlande ou au Moyen-Orient  ce qui a fournira la matière à son livre : Les seigneurs de la paix

 

Il n’a pas oublié Libération auquel il collabore souvent tout comme au quotidien le Matin de Paris au début des années 1980.

Le reporter collabore également avec des publications japonaises tels le magazine Views de Tōkyō.

Dans les années 1990, Faligot travaille comme correspondant particulier (Special Correspondent) de l’hebdomadaire anglophone basé à Londres The European. L’attitude des nouveaux propriétaires, les frères Barclay, et surtout de son nouveau rédacteur en chef  anti-européen va rendre caduque l’orientation de ce journal qui s’arrête en 1999.

C’est sur l’Asie, l’Inde, le Sri Lanka et en  particulier sur le Japon, et le monde chinois qu’il concentre ensuite son attention, étudiant leurs langues. Il devient pendant vingt-cinq ans correspondant pour l’Asie pour la lettre d’informations Intelligence Online dépendant du groupe Indigo que dirige Maurice Botbol.

 

Il couvre alors le monde du renseignement asiatique de la même façon qu’il suit les questions de défense, particulièrement en Chine/Japon pour la lettre Très Très Urgent (TTU) de Guy Perrimond. Il publie avec les journalistes Françoise Boiteux-Colin (correspondante de l’Associated Press) et Rémi Kauffer, ainsi que les chercheurs spécialistes du monde maritime Gildas Borel, Danièle et Alain Guillerm, l’éphémère L’Asian Seas Newsletter (plus tard Lettre d’Asie).

Pendant ces années 1990, Faligot a participé à la création de l’Association des journalistes bretons et des pays celtiques qu’il a présidée un temps et dont on peut retrouver le bulletin Reporter breton.

 

C’est à l’été 1992, que participant à la mise en place et l’animation du festival de cinéma des minorités de Douarnenez, ayant pour thème cette année-là l’Irlande, de concert avec Máirín Ni hÉithir et l’équipe du Festival, il favorise la venue et les débats de représentants des différentes parties en présence dans le conflit (tels le prix Nobel de la Paix John Hume, l’eurodéputé loyaliste Ian Paisley Junior, la représentante de Sinn Féin Lucelita Ni Bhreátnach, le futur maire socialiste indépendant Joe Harrington ou encore les officiers du renseignement britannique Colin Wallace et Fred Holroyd ( qui a inspiré Ken Loach pour son film Hidden Agenda).

Parallèlement l’auteur s’est retrouvé, principalement seul mais aussi en partenariat, à publier une cinquantaine d’ouvrages documentaires ou de roman à substrat historique (non fiction novels) comme disent les Britanniques. Ce sont des ouvrages d’actualité ou déjà historiques inspirés par son expérience irlandaise : La Résistance irlandaise puis James Connolly et le mouvement révolutionnaire irlandais, tous deux publiés par François Maspero.

L’écrivain Bernard Noël l’encourage à écrire Guerre Spéciale en Europe, dont le sous-titre Le laboratoire irlandais donne la mesure de cet essai sur l’extension du contrôle des populations à la faveur d’une guerre contre-insurrectionnelle de faible intensité. Est détaillé dans ce livre la mise en place d’un dispositif de surveillance informatique puis numérique qui s’est confirmée à grande échelle au début du siècle suivant.

Dans la présentation du livre dans la collection qu’il dirige chez Flammarion, en 1980,  Bernard Noël annonce : « Nous sommes en danger, et principalement par ignorance, chacun se croyant à l’abri derrière les lois, les institutions, l’ordre social. Ces garanties sont en réalité les masques grâce auxquels grandit ce qui nous menace, et qui vient de la situation actuelle du pouvoir (…) Le livre de Roger Faligot analyse le système de répression qui se perfectionne au détriment d’un pays voisin : l’Irlande, avec la complicité de tous les gouvernements libéraux et dans leur intérêt commun, car ce qui est expérimenté là prépare une éventuelle répression ici même. »

Débute, assez logiquement, une série de grandes enquêtes sur le monde du renseignement à commencer par une histoire de l’Intelligence Service, Les services spéciaux de Sa Majesté ou du service fédéral allemand, le BND (Markus, espion allemand).

Suivent, publiés au Seuil, chez Flammarion, Robert Laffont ou Fayard,  des succès de librairie comme La Piscine et DST police secrète avec Pascal Krop, ou Kang Sheng et les services secrets chinois (dix éditions étrangères) ou encore Les Résistants (De l’armée des ombres aux allées du pouvoir, tous deux avec Rémi Kauffer).

Des ouvrages du même duo comme Service B (le service secret des FTP) ou As-tu vu Cremet ? recoupent, sous forme de grandes enquêtes historiques, plusieurs des thèmes que Faligot développe ensuite : la Résistance contre le nazisme, la guerre occulte des services spéciaux, l’histoire de Bretagne et du monde celtique, l’évolution des communismes russe et chinois, le crime organisé asiatique. Ces livres documentaires constituent souvent des récits biographiques individuels ou collectifs.

À titre d’exemple, la biographie de James Connolly, le Jaurès irlandais, ou encore l’enquête qui a prouvé que le chef du PCF et dissident communiste breton Jean Cremet n’était pas mort comme il avait voulu le faire croire mais avait vécu une seconde vie, grâce à son ami André Malraux. Ce livre a demandé à ses deux auteurs huit ans d’enquête et reparaîtra avec des mises à jour en 2005 sous le titre L’Hermine rouge de Shanghai aux éditions Les Portes du Large dirigées par Bernard Le Nail.

De même, en 2019, de nouvelles révélations le concernant apparaissent dans le livre Les tribulations des Bretons en Chine publié dans la même maison d’édition rennaise par Jacqueline Le Nail qui poursuit l’œuvre de Bernard, disparu entre-temps : faire connaître les Bretons qui se sont illustrés à travers le monde

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L’investigation historique demande de constants réajustements avec l’apparition de nouvelles archives, de témoignages plus récents et l’accès à une « bibliothèque mondiale » grâce à l’internet.

Mais sur bien d’autres sujets ce sont des enquêtes sociales encouragées par Claude Durand, le patron des éditions Fayard qui s’était déjà passionné pour Service B et As-tu vu Cremet ? Ces livres qui constituent d’autres investigations sur des mondes occultes ont pour titre Porno Business ( le marché du sexe de la Libération au minitel) ou Le marché du diable ( sur l’usage politique de l’ésotérisme au rôle des sectes religieuses ou sataniques comme l’Ordre du temple solaire).

Claude Durand demandera à Faligot et Kauffer de prendre la direction de la  collection Enquêtes avec des ouvrages de la même veine investigatrice :  Cousteau, une Biographie de Bernard Violet ; le premier livre de Franck Renaud, Le nouveau Milieu (Parrains et grand banditisme en France) ;  Ils venaient d’Algérie… de Benjamin Stora, Danger Chimie d’Yves Audèves et Gérard Delteil.

 

À La Découverte, qui a succédé aux éditions Maspero, l’éditeur François Gèze encourage le reporter-écrivain à réaliser de grandes investigations originales, tel Naishô, enquête sur les services secrets japonais, le pays du Soleil-Levant étant le pays d’Asie où il s’est rendu le plus souvent, travaillant même à Tôkyô comme visiting fellow dans le think-tank NIRA (National Institute for Research Advancement)

C’est encore à l’instigation de Gèze, dont le tropisme latino-américain est bien connu, une enquête au long cours sur les mouvements révolutionnaires dans le tiers-monde des années d’avant 1968. La Tricontinentale : une fresque qui l’a amené à retrouver des protagonistes de l’époque, en Afrique, Asie et Amérique latine, à commencer par Cuba où de nombreux acteurs de ces événements racontent et où s’ouvrent des archives.

 

En parallèle à son roman Le peuple des enfants (Seuil), il publie La Rose et l’Edelweiss, une fresque bien réelle sur le rôle des enfants et des ados dans la Résistance anti-nazie en Europe.

Mais à La Découverte, les investigations historiques au long cours ne se font pas toujours seul. L’Histoire secrète de la Ve République est co-dirigée avec Jean Guisnel et regroupe cinq autres journalistes reconnus chacun dans leur spécialité : Martine Orange, Rémi Kauffer, Renaud Lecadre, François Malye et Francis Zamponi.

Ce grand succès de librairie est suivi par un autre (encore à La Découverte) co-écrit avec Jean Guisnel et Rémi Kauffer :

Histoire politique des services secrets français.

 

Outre le Japon avec Naishô, s’approfondit la plongée dans les coulisses du monde chinois, avec deux études sur le crime organisé : L’empire invisible (chez Picquier dans la collection Reportages de Pierre-Antoine Donnet) et La mafia chinoise en Europe (Calmann-Lévy).

Mais c’est surtout, après le premier livre sur Kang Sheng – republié en poche chez Tempus sous le titre Le maître espion de Mao, c’est en prévision des jeux Olympiques de 2008 à Pékin que se mène une longue enquête sur place et à travers le monde concernant la communauté du renseignement chinois.

 

Publié aux éditions Nouveau Monde que dirige Yannick Deshées, Les services secrets chinois, de Mao aux JO, devient le livre référence sur le sujet à l’échelle internationale, d’autant qu’il est publié en de nombreuses langues. Remis à jour pour l’édition de poche en 2010 et surtout réédité en 2015 (Les services secrets chinois, de Mao à Xi Jinping), il est traduit en 2019 en anglais et paraît simultanément chez Hurst (à Londres) et chez Scribe (à Melbourne).

 

La même année sort Les tribulations des Bretons en Chine qui illustre l’enracinement de l’auteur en Bretagne et l’ouverture habituelle sur le grand large, au-delà des océans.

Ce qui a été aussi illustré par son florilège de citations anti-bretonnes dans Ils ont des chapeaux ronds, avec André Bernicot et illustré par le dessinateur Nono.

Et surtout Brest l’insoumise (éditions dialogues, 2016), une vaste fresque historique, la biographie collective d’une ville étonnante près de laquelle il réside : 

« Brest n’est ni une ville française, ni une ville bretonne. C’est mieux que cela.

Les deux à la fois, mais pas seulement.

 

Brest s’est trouvée tour à tour un éperon barré celte, un hameau gallo-romain, un  fort berbère, un havre tenu par les Bretons insulaires et gallois, un château viking, une forteresse anglaise, un résidence des nobles bretons, un bastion français, une ville américaine, un super-blockhaus allemand, un port de guerre froide, un tremplin des conquêtes scientifiques et des aventures de haute mer, civiles et militaires. »

 

Parmi les centaines de personnages qui traversent Brest l’insoumise, on retrouve la jeune résistante Anne Corre. Elle y est née, d’une famille de Plougastel et Daoulas, et va s’engager dans la Résistance à quinze ans en 1940.

 

Elle mourra quatre ans plus tard en déportation. C’est son histoire (déjà amorcée dans la Rose et l’Edelweiss) qui fournit la matière à un roman graphique dont Faligot réalise le scénario et Alain Robet les dessins : La Fille au carnet pourpre (chez Steinkis).

Dans Brest l’insoumise et Les tribulations des Bretons en Chine, on croise également un personnage hors du commun, Pierre Malherbe.

 

Remontons le temps. Dix ans plus tôt, l’auteur était sur les traces du premier Breton, et ressortissant du royaume de France, à se rendre en Chine.

L’empire du Milieu était une étape du premier tour du monde par les voies de terre (par les continents). Il a été donc réalisé par ce Breton de Vitré, Pierre Malherbe, à l’époque d’Henri IV.

 

Olivier Orban, alors patron des éditions Plon, donne l’occasion et les moyens à Faligot de reconstituer son histoire méconnue.

Le voilà sur sa piste dans bien des pays où Malherbe a séjourné : Espagne, Pérou, Bolivie, Chine, Inde…

Ainsi débutent ces mémoires apocryphes sous forme romanesque ayant pour titre les Sept Portes du monde :

 

Argentré, Le 15 juin 1635.

Moi, Pierre Malherbe, Breton de Vitré, parfois nommé Pedro Malahierba dans les États du roi d’Espagne et de son vaste empire où j’ai vécu, ai décidé de livrer le récit de mes périples.

Mes amis, mes proches, et surtout celle qui a le plus compté dans ma vie, m’y ont encouragé.

Ces aventures ont duré quinze ans, soit plus de cinq mille jours, de 1593 à 1608. Le temps d’un voyage autour d’un monde à travers lequel je me suis frayé un passage par les continents.

J’ai également vogué sur les océans où il m’a été donné de découvrir certaines îles avec mes compagnons. Cependant, la plupart du temps, j’ai voyagé par terre, à dos de mule, de cheval, de buffle, de chameau et d’éléphant.

J’ai longtemps hésité avant de mettre en forme ce récit, car il recèle de nombreux secrets relevant des sciences de l’alchimie et de la métallique,

des arts de la cartographie, de la guerre et de l’amour, qui ne se révèlent point d’ordinaire au grand jour.

Au surplus, certains grands seigneurs que j’ai rencontrés au cours de mes pérégrinations m’avaient instamment prié de garder ces secrets par-devers moi. Ils étaient renommés. C’étaient les Grands Moghols Akbar et Dja-hângir, le shah de Perse Abbâs, le roi de France Henri IV et celui d’Espagne, Philippe III.

Aujourd’hui, ils sont tous ensépulturés et figurent dans les livres d’histoire. Ce qui n’est pas mon cas.

Car, pour des raisons mystérieuses qu’il sera temps de révéler le moment venu, certaines âmes noires ont conspiré contre moi. 

 

 

Les Sept Portes du monde a reçu le Prix Jules Verne, de l’Académie des pays de Loire en 2010 et la même année celui du festival du Livre en Bretagne de Vannes.

 

Dans la foulée Olivier Orban avait donné le feu vert – la couleur s’impose pour une épopée irlandaise –, à une deuxième enquête dont le fruit serait un nouveau roman de « non-fiction » : L’Irlandais de Bonaparte. Dont voici l’argumentaire qui, on le voit permet de retrouver les premières amours de Faligot dans l’île d’Émeraude et de plonger avec passion dans la Révolution française :

 

« Pourquoi Bonaparte choisit-il en 1796 l’Irlandais Charlie Kilmaine pour diriger sa  cavalerie en Italie et le Bureau secret afin de renverser la république de Venise ?

Du fait d’un pédigré exceptionnel !

Fils d’émigrés à l’origine du Cognac en Charente, hussard à seize ans, Kilmaine a combattu, jusqu’à devenir général, sur les champs de  bataille les plus glorieux : Yorktown, en Amérique, avec La Fayette, Valmy et Jemmapes pendant la Révolution. Emprisonné par Robespierre, il a échappé de peu à la guillotine.

L’Irlandais possède un sens inouï de l’intrigue et sait échapper aux pires conjurations y compris celles montées par son ami Bonaparte. Car il reste fidèle en amitié comme en amour. Même si son cœur balance entre sa femme irlandaise Susan, « la Petite hussarde », et la comtesse Eleonora Pellegrini, blonde espionne de Venise.

Bientôt, en 1798, il mettra à exécution le rêve qu’il caresse depuis toujours : l’expédition à partir de Brest pour libérer à la fois l’Ecosse et son Irlande natale. »

On voit bien que Roger Faligot a glissé peu à peu vers le roman. Il l’avait ébauché dès 1981 avec Bloc H ou la ballade de Colm Brady qui évoquait le sort des prisonniers républicains d’Irlande du Nord qui se sont livré aux grèves de la faim.

Vingt ans plus tard, c’est grâce à Hervé Hamon (qui avec Patrick Rotman lui avait permis de publier La Piscine, puis Les Seigneurs de la Paix) et sous l’égide de l’éditeur Jacques Binsztok, toujours au Seuil, qu’il fait prendre forme à son roman pour les plus jeunes comme pour les adultes : Le peuple des enfants. Un voyage initiatique à travers l’Histoire réelle des enfants au cours des âges. Le titre trouve sa source dans Les misérables de Victor Hugo. Et l’intrigue sur trois mille ans justifie la citation d’entrée de jeu de Georges Bernanos : « Restez fidèles à l’enfance. Ne devenez jamais une grande personne. Il y a un complot des grandes personnes contre l’enfance. »

 

Autant dire qu’après avoir écrit bien des livres documentaires, Faligot a taillé sa plume pour noircir les pages d’un nouveau texte de fiction, nourri parfois d’aventures qu’il a vécues.

Reste à savoir quelle forme va prendre le roman qu’il écrit actuellement et, dont, par superstition, il n’a rien dit à personne sauf à un éditeur tout aussi silencieux que lui. Quand paraîtra-t-il ? Comme disent les Russes : « только дьявол знает… Le diable seul le sait… »

L'œil de l'iguane

The iguana eye

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