COVID-19 : Que sais-je de la guerre bactériologique chinoise ?

La propagation du COVID-19 est-elle la conséquence d’une mauvaise manipulation d’un laboratoire de Wuhan dans le cadre d’un usage dual (civil-militaire) des moyens de recherche scientifique dont la capitale du Hubei aurait été l’épicentre ?


Le gouvernement de Xi Jinping [習近平] a réfuté les allégations d’une manipulation inappropriée qui aurait produit accidentellement la pandémie. Tout comme les scientifiques prochinois (en France et ailleurs) ont réfuté avec célérité l’hypothèse du professeur Fang Chi-tai [方啟泰] de la National University of Taïwan selon qui ce Covid-19 pourrait être d’origine synthétique.


Au lieu d’accéder aux demandes de l’Australie d’une enquête internationale sur les origines de la pandémie, la diplomatie chinoise a lancé une campagne contre ce pays et accusé les Américains d’être à l’origine de la pandémie véhiculée par une délégation sportive de l’armée US à l’automne 2019.


En outre, la Chine nie être engagée dans la course aux armements bactériologiques ou biologiques. Au moins sur ce point est-il possible de montrer comment, derrière la désinformation du parti communiste et de son dirigeant Xi Jinping, se profile une réalité toute autre.


Et de poser certaines questions qui intriguent :


Pourquoi des spécialistes taïwanais et d’autres se sont-ils persuadés que le Covid-19 a jailli du Laboratoire P-4 ( ou BSL-4, Biosafety Level 4, de sécurité maximale) de l’Institut de virologie de Wuhan ? Tandis que d’autres incriminent le Laboratoire P-3 à Wuhan du même Institut ?


Les services européens dont les français (DGSE, DRM), théoriquement bien placés pour obtenir des informations puisque la France a vendu le laboratoire P-4 à la Chine, ont-ils raison d’identifier des labo P-4 clonés à partir du premier livré clefs en mains par l’Institut Pasteur à Wuhan et opérationnel en 2017 ?


Le laboratoire P-4 identifié comme clone du labo P-4 de Wuhan pour la guerre bactériologique est-il bien basé à Harbin en Mandchourie ?


Est-il exact que, comme leurs camarades nord-coréens pour la guerre bactériologique, les Chinois ont eu recours à l’expérimentation sur des cobayes humains en particulier des Ouïghours du Xinjiang ?


A quoi sert le laboratoire vétérinaire itinérant P-3 obtenu à la suite des accords franco-chinois ?


Deux autres labos P-4 dupliqués à partir de celui de Wuhan sont-ils en voie d’être opérationnels à Kunming et Pékin ?


Enfin pourquoi la responsable de la biotechnologie à l’Académie des sciences militaires médicales (AMMS), la générale Chen Wei [陈微] a pris la direction du Labo P-4 de Wuhan, réputé « civil » en février 2020 ? Seulement pour découvrir un vaccin comme elle l’avait fait pour le SRAS ou le Virus Ebola ?


Pour envisager des éléments de réponses à ces questions il est bon de se pencher sur l’historique de la guerre bactériologique ( xijunzhan 细菌战 ) qui se fond dans le dispositif de la guerre biologique (shengwuzhan : 生物战) théorisée par l’Armée populaire de libération (APL) au XXIe siècle.


Unité de l’armée taiwanaise en tenue NBC pour combattre le Covid-19 (DR)
Unité de l’armée taïwanaise en tenue NBC pour combattre le Covid-19 (Courtesy of The Taipei Times)

Un dispositif soviétique en Chine populaire avant la guerre de Corée


Les historiens qui évoquent la naissance du dispositif de guerre bactériologique en Chine populaire lui confèrent une double origine : les expérimentations japonaises lors de l’occupation de la Chine, de la Mandchourie et de la Corée (1937-1945), et la récupération des savants de l’armée nippone par les services spéciaux américains ; deuxièmement l’utilisation de ces compétences dans la dissémination de virus et de bactéries pendant la guerre de Corée (1950-1953).


Ce point de vue constitue déjà un camouflage de la réalité car les Soviétiques sont intervenus sous Staline AVANT la guerre de Corée pour aider leurs camarades chinois.

Les Soviétiques ont aussi capturé des savants et récupéré des archives des expériences de l’Unité 731, et – tout comme les Américains – les ont utilisés pour concevoir des armes de destruction massive et le montage à Sverdlovsk d’une station de guerre bactériologique. Par contre, ils ont procédé à un procès public des responsables. Une partie de ces documents ont été publiés en 1950, par exemple en français : Documents relatifs au procès des anciens militaires de l’armée japonaise accusés d’avoir préparé et employé l’arme bactériologique (Editions de Moscou).


En plus des actes d’accusations et des plaidoiries, on note les noms de scientifiques soviétiques qui président le jury et qu’on retrouve au cœur de l’alliance sino-soviétique : en particulier Nikolaï N. Joukov-Vérejnikov, microbiologiste et membre de l’Académie de médecine (mentionné dans certains documents comme ponte scientifique du KGB).

Outre le chef de l’armée du Guangdong (Cantonais), le général Yamada Otozô [山田乙三], le chef de l’administration médicale), les chefs des services médical et vétérinaire, une brochette de responsables de l’Unité 731 sont condamnés de 25 à 3 ans de prison.


Parmi les révélations de ce procès, Kawashima Kiyoshi [川島義之], chef du Bureau général de l’Unité 731 (condamné à 25 ans de prison) détaille comment celle-ci en 1941a lancé au-dessus de la ville chinoise de Changde des bouteilles de porcelaine remplies de puces infectées du virus de la peste provoquant une épidémie dans la région. Or, la mise au point des agents pathogènes a été validée par l’expérimentation sur quelques 3000 cobayes humains.


La Guerre froide faisant déjà rage, à l’Ouest on a peu donné de你 publicité à ces documents venus d’URSS. On insistait sur le fait que Moscou soulevait un lièvre pour mieux critiquer les Américains qui auraient utilisé les travaux de l’Unité 731 pour leur propre effort de guerre tandis en Corée, utilisant des Japonais comme conseillers des troupes américaines opérant sous couvert de l’ONU en 1952.


Dans les années 1970 des publications ont démontré que les Américains avaient bien récupéré les chefs de cette Unité 731, ce qui n’a été reconnu par le Japon qu’en 2002. L’unité 731 n’avait pas seulement une filiale à Pingfang en Mandchourie, mais une autre à Singapour sous le nom OKA 9420 (dont le rôle provoquant des épidémies en Thaïlande comme l’a enfin révélé en 2018 l’historienne Cheong Suk-Wai.


Le tribunal de Khabarovsk comprenait des spécialistes de la guerre bactériologique dont plusieurs ont aidé les Chinois à bâtir leur propre dispositif à commencer par Joukov-Vérejnikov.


Nikolai Joukov-Vérejnikov (1908-1981)
Nikolai Joukov-Vérejnikov (1908-1981) DR

Cependant, le système russe s’est développé plus tôt. Il a vu le jour en 1928 et en 1939 Staline a chargé Lavrenti Beria, le chef du NKVD, de l’effort de guerre bactériologique. La responsabilité opérationnelle en incombe au colonel-général Yefim Smirnov restera à la tête du dispositif jusque dans les années 1980 qui a pris le nom de 15ème Directoire principal de l’État-Major de l’armée rouge.


C’est de lui dont dépend la délégation soviétique envoyée auprès des experts de Mao Zedong, dirigée par le professeur Kakosky [son nom chinois : 卡科斯基 ]. Selon une dépêche de la CIA, aujourd’hui déclassifiée et datée du 24 juillet 1951, ce bactériologiste soviétique est venu installer une « grande agence à Pékin pour la recherche en guerre bactériologique, assisté de cinq techniciens de laboratoire et seize instructeurs chinois. »

Le personnel chinois se compose d’étudiants de retour de pays anglo-saxons.

Un autre rapport signale la mise en place en décembre 1951 d’une école spéciale de formation d’utilisation des armes bactériologiques et chimiques et de protection. Située à l’extérieur du village de Chinghochen (Manchourie), entourée de barbelés « cette classe comprend plus de 170 élèves dont 40 femmes. Les administrateurs et enseignants sont tous soviétiques. Les élèves prennent des notes lors des conférences et vont s’entrainer à la pratique sur le terrain.¹»


Ainsi l’Armée populaire de Libération (APL) a créé un dispositif défensif/offensif NBC – Nucléaire, Bactériologique, Chimique –, incluant l’étude épidémiologique et la réalisation de vaccins sous l’égide d’une structure spécifique à l’APL en liaison avec les administrations scientifiques civiles (l’Académie des Sciences, les ministères de l’agriculture et de la santé, etc.). [Voir plus bas]


Le quiproquo de la guerre de Corée


Rappel. Le 25 juin 1950, l’armée de Corée du Nord franchit le 38ème parallèle marquant la frontière entre les deux Corées. L’ONU dénonce les agresseurs et met sur pied une force militaire sous commandement US. En octobre, le général MacArthur déclenche une offensive qui lui fait traverser le 38ème mais subit un revers face à l’arrivée massive de « Volontaires » chinois. C’est la retraite de l’hiver 1950-51. MacArthur est remplacé par le général Matthew Ridgeway. En février 1952, Chinois et Nord-Coréens annoncent qu’ils ont découvert des « bombes bactériologiques » essaimées par les Américains pour provoquer la propagation de la peste, de la typhoïde, de l’anthrax.


Les échanges entre le chef d’État-major de l’APL Nie Rongzhen [聂荣臻] et Mao Zedong [毛泽东] sont désormais connus. Le 18 février, Nie affirme au Grand Timonier que l’ennemi a disséminé par voie aérienne des insectes sur la ligne de combat où se trouvent les 20ème, 26ème, 39ème et 42ème corps d’armée chinois. Des experts ont été dépêchés sur place et des insectes transférés à Pékin à fins d’analyse. Selon leurs conclusions, les bactéries détectées causeraient choléra, typhoïde, peste et fièvre récurrente.


Une campagne internationale du bloc communiste dénonce désormais la guerre virale. Des manifestations se propagent dans le monde entier contre « Ridgeway la Peste ». La Chine refuse une commission d’enquête de la Croix rouge internationale. Au contraire, en avril 1952, elle constitue sa propre « Commission scientifique internationale d’investigation concernant les faits de guerre bactériologique en Corée et en Chine », dirigée par le médecin britannique Joseph Needham, président des amitiés anglo-chinoises, et dans laquelle on retrouve Joukov-Vérejnikov du procès de Khabarovsk, et des médecins compagnons de route du mouvement communiste. Côté chinois, on note des personnalités de premier plan : Cheng Shaohui [程紹迴] directeur du Bureau « élevage et vétérinaire » du ministère de l’Agriculture, futur président de la Société vétérinaire ; le Dr Qian Sanqiang [钱三强], ingénieur atomiste formé en France par Frédéric Joliot-Curie, « chargé de contact » avec les scientifiques étrangers ou encore Liao Chengzhi [廖承志], vétéran du Komintern ² , spécialiste du renseignement sous couvert du Département de front uni du PCC et à cette époque-là de la section chinoise de… la Croix-Rouge ³.


La commission conclut à la réalité de la guerre bactériologique avec à l’appui d’interrogatoires de prisonniers américains de l’US Air Force qui confirment que l’aviation américaine aurait jeté des « bombes à bactéries » sur la Chine du Nord et la Corée (des témoignages extorqués et démentis une fois les prisonniers libérés).

Le correspondant de guerre du Monde Robert Guillain résume bien la situation : « On ne nous parle pas de découverte de bombes à bactéries, ni d’insectes trouvés sur les lieux, ni de virus décelé sous la “dispersion”. Non : un avion passe, et quelques jours après il y a la peste. C’est assez : l’idée s’impose qu’on aurait directement dispersé, etc. » L’avenir le prouvera : Guillain avait raison. Ce qui n’empêche pas Mao à lancer de mot d’ordre :


« Faire attention à l’hygiène

Réduire la maladie

Élever le niveau de la santé

Faire échec à la guerre bactériologique de l’ennemi.₅»


On possède aujourd’hui le rapport envoyé à Béria par le lieutenant Selivanov, conseiller soviétique auprès de l’armée nord-coréenne. Il indique comment il a falsifié les rapports pour incriminer les Américains (concernant la variole qui n’était pas au catalogue des épidémies envisagées par les Chinois) :


« En mars 1952, j’ai donné la réponse de Chtemenko (chef d’État-major de l’Armée rouge), qu’il n’y a pas et qu’il n’y a pas eu de cas de peste ou de choléra dans la RPC, qu’il n’y a pas d’exemples d’armes bactériologiques, s’il devait y en avoir, qu’elles soient immédiatement envoyées à Moscou. Plus tôt, en 1951, j’ai aidé les docteurs coréens à rédiger un communiqué sur la dissémination de la variole par les Américains dans la population nord-coréenne. Avant l’arrivée en Corée de juristes, les représentants nord-coréens étaient sérieusement ennuyés de ne pas avoir réussi à créer des sites d’infection et demandaient constamment au ministère des affaires étrangères, de la santé et à l’administration militaro-médicale de l’Armée du peuple coréen – aux conseillers Smirnov, Malov et à moi-même – ce qu’ils devaient faire. J’ai quitté la RPDC en avril 1952.⁶»


En conséquence, les Soviétiques mettent un bémol à leur campagne ayant le sentiment que les Chinois les ont menés en bateau. Et enfin, avec le temps, des sources chinoises confirmeront mezzo voce qu’il s’est agi d’une vaste supercherie.


En septembre 1997, le Dr Wu Zhili, [吴之理] directeur de la division santé des Volontaires chinois en Corée, admettra en rédigeant un rapport détaillé, publié post-mortem en 2013, que les allégations de guerre bactériologique avaient constitué « une fausse alarme » :

les « moustiques d’hiver » qu’on disait disséminés par les Américains étant une espèce d’insectes bien connus en Corée n’ayant propagé ni la peste ni le choléra⁷.


Pourtant en 1952 on assiste à la première campagne de vaccination en RPC sous le slogan « Être sanitaire c’est être patriote ». Elle n’est pas sans rappeler la situation de nos jours. Des habitants du Liaoning, de la province Jilin (frontalière avec la Corée), de Tianjin et Pékin sont vaccinés contre diverses maladies que peuvent provoquer les piqures d’insectes.

Conclusions de cet épisode :


1) On assista aux premières campagnes de vaccination

2) L’APL inscrit dans sa formation permanente le combat contre la guerre bactériologique 3) Les premières structures visant à forger un dispositif offensif se développent

4) Un partenariat avec la dynastie Kim en Corée du Nord s’engage aussi dans ce domaine


L’histoire du développement de la machine de guerre biologique nord-coréenne mérite un développement à part. Rappelons juste deux épisodes en se souvenant que même si elles sont tendues parfois, les relations entre Pyongyang et Pékin sont toujours fraternelles quand il s’agit de combattre « l’impérialisme américain et ses laquais ».

C’est ainsi qu’en 2009, dix ans après sa défection de la Corée du Nord, le capitaine Im Chun-yong affirme que le régime expérimente des armes bactériologiques sur des enfants handicapés physiques et mentaux sur un site au nord de Pyongyang.


Enfin, hallucinant épilogue de cette collaboration sino-coréenne : quelques jours avant Noël 2017, la Corée du Nord de Kim Jong-un, le petit-fils de Kim Il-sung, menace de charger des têtes de missiles balistiques intercontinentaux de microbes d’anthrax (Bacillus anthracis) et de frapper ses ennemis…


Nie Rongzhen « père de la guerre bactériologique »


Le Quotidien du Peuple annonce en une le 16 mai 1992 le décès de Nie Rongzhen
Le Quotidien du Peuple annonce en une le 16 mai 1992 le décès de Nie Rongzhen (Archives Faligot)

Personnage clef dans cette histoire Nie Rongzhen est né dans le Sichuan en 1899. On l’a surnommé « le père de la bombe atomique ». Compagnon de Deng Xiaoping [邓小平] et de Zhou Enlai [周恩来] en France dans les années 1920, il a étudié à Charleroi en Belgique la chimie et l’ingénierie électrique. On le considère comme un « scientifique » au sein du PCC.


Nie fut un responsable de la section des opérations spéciales [中央特務課 zhongyang tewuke] avec le même Zhou à Shanghai dans les années 1930. Vétéran de la Longue Marche, il est responsable de l’APL dans le Nord-Est à partir de 1948 et, on vient de le voir, il est chef d’État-major de l’APL au début de la guerre de Corée. D’où son implication dans le développement de la campagne bactériologique⁸.


Dans la deuxième partie des années 1950, promu maréchal, il prend la tête de la Commission de planification scientifique (et assure les liaisons avec l’APL). Avec Kang Sheng [康生], le chef des services de renseignements chargé de rapatrier des savants chinois d’outre-mer, et avec Qian Sanqiang, Nie se lance dans l’aventure de la bombe thermonucléaire dont la première explosion a lieu le 16 octobre 1964. De plus, Nie Rongzhen est responsable au sein du Comité des affaires militaires du développement des armes stratégiques puis de la Commission technique et scientifique de la Défense nationale qui concerne non seulement le nucléaire, mais bien aussi le chimique et le bactériologique.


Pendant la Révolution culturelle, tandis que des pans entiers du parti et l’APL sont démantibulés, grâce à une circulaire du 16 mai1966 savants et chercheurs sont mis à l’abri des exactions des gardes rouges et placés sous le contrôle du Ministère de la Défense et du maréchal Lin Biao pour poursuivre leurs expérimentations stratégiques (C’est aussi le cas Nie Rongzhen, qui a été son commissaire politique pendant la guerre antijaponaise).


Au même moment, en mai 1966, les services de renseignement occidentaux apprennent que l’APL effectue d’importants travaux dans le Yunnan pour construire des usines clandestines de mise au point d’armes bactériologiques. L’une d’elles aurait été installée à proximité du lac de Dali Fu

[大理市] (certaines sources évoquent une construction sous le lac !)


La proximité avec le Viêt-Nam est alors mise en relation avec la guerre d’Indochine et l’éventualité de maladies propagées dans le corps expéditionnaire américain. En réalité, l’inverse se produit avec l’usage massif d’armes chimiques, dont l’agent Orange, par les États-Unis.


Le maréchal Nie Rongzhen patron de l’armement stratégique spécial, en octobre 1966 visitant un site de missile (source : Mémoires de Nie Rongzhen, maison d’édition de l’Armée de Libération, Pékin, 1984)

Par ailleurs, les Chinois ont toutes raisons de craindre, puisqu’ils travaillent dans leurs laboratoires, en cas de conflit avec l’URSS que celle-ci frappe la Chine. C’est pourquoi en 1960 a été créé le Groupe dirigeant pour la prévention et le traitement des maladies en Chine du Nord. Il n’est pas dirigé par un savant, mais par un politique jusque dans les années 1970, à savoir le vétéran de la Corée et proche de Kang Sheng, Li Desheng [李德生], qui va diligenter l’enquête sur la tentative de putsch de Lin Biao [林彪], mort en Mongolie en 1970 dans un accident d’avion alors qu’il s’enfuit en URSS.


Suite aux combats de 1969 sur le fleuve Amour (Oussouri) entre soldats soviétiques et chinois, Mao et son groupe dirigeant ont redouté plus que jamais une attaque sur Pékin, y compris de nature nucléaire, chimique ou bactériologique. Ce qui justifie la construction anticipée de la ville souterraine de Pékin qu’il nous a été donné de visiter il y a une quinzaine d’années. Elle avait pour but de faire échec à une frappe ciblée sur la capitale. Ces labyrinthes, sas de confinement et hôpitaux souterrains avaient été conçus pour protéger des centaines de milliers de Pékinois face aux attaques NBC.


La direction maoïste n’avait pas eu tort. Les archives américaines et soviétiques le confirment. Mais sur le plan bactériologique, Brejnev et son état-major étaient très réticents. Les experts de le 15ème Directoire avaient fortement déconseillé l’usage d’agents pathogènes provoquant des épidémies (tel l’anthrax ou la variole) qui auraient eu un effet boomerang dans l’Extrême-Orient soviétique.


Convention internationale et refonte du système


L'auteur devant une entrée de la ville souterraine de Pékin construite pour parer à une attaque soviétique

Sous Deng Xiaoping, dans les années 1980, la Chine ne se lance pas seulement dans sa grande mutation économique se portant candidate pour entrer dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle adhère aussi à des traités internationaux telle la « Convention interdisant fabrication et stockage des armes biologiques ou toxines » mise en place en 1972 en pleine guerre d’Indochine.

La Chine signera cette convention en 1984, mais comme la plupart des signataires de premier plan, elle n’en poursuit pas moins ses recherches dans le domaine de la guerre biologique.


Divers événements le démontrent. En 1986, se produit dans le Xinjiang, près du centre d’expérimentation nucléaire de Lop Nor une épidémie de fièvre hémorragique. Le scientifique ex-soviétique Ken Alibek a raconté comment les Soviétiques en avaient déduit qu’était survenu un accident dans une base où l’on fabriquait des armes bactériologiques⁹. Un événement semblable se serait produit au Tibet en 1989 avec une épidémie d’anthrax alors qu’on assiste à une révolte tibétaine en écho aux événements de la place Tiananmen.


En outre en 1986, au moment de l’affaire du Xinjiang, s’est déjà posé la question de savoir si, comme l’APL l’avait déjà fait pour le nucléaire dans le désert du Lop Nor, elle avait utilisé comme cobayes des prisonniers ouïghours¹⁰.


L’année 1986 est centrale pour une autre raison : c’est l’époque où est lancé le programme 863 dont l’objectif principal est de réduire l’espace scientifique et technologique de la Chine avec l’Occident notamment dans les nanotechnologies, l’informatique et la biotechnologie. Associé à un autre programme R&D, le 973, le programme 863 couvre la guerre biologique.